Mercredi 11 octobre 2006 3 11 /10 /2006 13:26

 

Je t'aime d'être faible et câline en mes bras
Et de chercher le sûr refuge de mes bras
Ainsi qu'un berceau tiède où tu reposeras.

Je t'aime d'être rousse et pareille à l'automne,
Frêle image de la Déesse de l'automne
Que le soleil couchant illumine et couronne.

Je t'aime d'être lente et de marcher sans bruit
Et de parler très bas et de haïr le bruit,
Comme l'on fait dans la présence de la nuit.

Et je t'aime surtout d'être pâle et mourante,
Et de gémir avec des sanglots de mourante,
Dans le cruel plaisir qui s'acharne et tourmente.

Je t'aime d'être, ô soeur des reines de jadis,
Exilée au milieu des splendeurs de jadis,
Plus blanche qu'un reflet de lune sur un lys...

Je t'aime de ne point t'émouvoir, lorsque blême
Et tremblante je ne puis cacher mon front blême,
Ô toi qui ne sauras jamais combien je t'aime !

(À l'heure…, 1906)

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Mercredi 11 octobre 2006 3 11 /10 /2006 13:25

 

Pour lui prouver que je l’aime plus que moi-même,
Je donnerai mes yeux à la femme que j’aime.

Je lui dirai d’un ton humble, tendre et joyeux :
"Ma très chère, voici l’offrande de mes yeux."

Je te donnerai mes yeux qui virent tant de choses.
Tant de couchants et tant de mers et tant de roses.

Ces yeux, qui furent miens, se posèrent jadis
Sur le terrible autel de l’antique Eleusis,

Sur Séville aux beautés pieuses et profanes,
Sur la lente Arabie avec ses caravanes.

J’ai vu Grenade éprise en vain de ses grandeurs
Mortes, parmi les chants et les lourdes odeurs.

Venise qui pâlit, Dogaresse mourante,
Et Florence qui fut la maîtresse de Dante.

J’ai vu l’Hellade où pleure un écho de syrinx,
Et l’Egypte accroupie en face du grand Sphinx,

J’ai vu, près des flots sourds que la nuit rassérène,
Ces lourds vergers qui sont l’orgueil de Mytilène.

J’ai vu des îles d’or aux temples parfumés,
Et ce Yeddo, plein de voix frêles de mousmés.

Au hasard des climats, des courants et des zones,
J’ai vu la Chine même avec ses faces jaunes…

J’ai vu les îles d’or où l’air se fait plus doux,
Et les étangs sacrés près des temples hindous,

Ces temples où survit l’inutile sagesse…
Je te donne tout ce que j’ai vu, ma maîtresse !

Je reviens, t’apportant mes ciels gris ou joyeux.
Toi que j’aime, voici l’offrande de mes yeux.

(À l’heure…, 1906)

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Mercredi 11 octobre 2006 3 11 /10 /2006 13:23

 

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L'harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtries,
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où je plonge les mains !
Ils ont connu l'ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...
Chair des choses ! J'ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts...

(sillages, 1908)

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Mercredi 11 octobre 2006 3 11 /10 /2006 13:20

 

L’art délicat du vice occupe tes loisirs,
Et tu sais réveiller la chaleur des désirs
Auxquels ton corps perfide et souple se dérobe.
L’odeur du lit se mêle aux parfums de ta robe.
Ton charme blond ressemble à la fadeur du miel.
Tu n’aimes que le faux et l’artificiel,
La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés.
Les deuils suivent tes pas en mornes défilés.
Ton geste est un reflet, ta parole est une ombre.
Ton corps s’est amolli sous des baisers sans nombre,
Et ton âme est flétrie et ton corps est usé.
Languissant et lascif, ton frôlement rusé
Ignore la beauté loyale de l’étreinte.
Tu mens comme l’on aime, et, sous ta douceur feinte,
On sent le rampement du reptile attentif.
Au fond de l’ombre, elle une mer sans récif,
Les tombeaux sont encor moins impurs que ta couche…
O Femme ! Je le sais, mais j’ai soif de ta bouche

(Études et préludes, 1901)

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Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /2006 08:57

        Dieu, aime et donne du repos à mon âme par ce coucher de soleil infini. Je n’ai plus de sensation mais tu ne me verras pas échouer. Je suis la décadence de ton monde. Je suis l’eider couvert d’huile. C’est une bonne chasse pour toi, le carnivore hypocrite.
Dis-moi pourquoi ne pas avoir de cœur m’a valu d’être pendu ?
La musique est morte, « amen » a été dit. Je prie pour que la foi m’embrasse, pour avoir un cœur aimant et une âme à vendre.

Laisse-moi en paix et cesse de me dire comment ressentir les choses, comment pleurer, comment me protéger du diable. Laisse-moi en paix, cette surdose de mensonges est en train de me tuer. Romanticide, jusqu’à ce que l’amour me sépare.

Regarde-moi, anéanti par mes propres créations.

L’Enfant Mort existe mais il est dénué de sensation. J’ai besoin d’une expérience aux frontières de la mort. mon cœur qui était vigoureux autrefois est maintenant changé en pierre. La perfection est mon messager de l’Enfer. Le vin se change en eau, les feux de camps gèlent, les lettres d’amour brûlent. L’amour est perdu. Seigneur, fais que je me trompe sur cette douleur. Douleur temporaire, honte éternelle pour celui qui prend part à ce jeu diabolique. Crache-moi dessus, lâche prise, débarrasse-toi de moi, et essaie de survivre à ta stupidité.(Nightwish)


                                                                

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