Mercredi 3 janvier 3 03 /01 /Jan 15:30

 

Au milieu d’un frais bosquet de myrtes, de fraîches jeunes filles chantent Aphrodite éléphantine. Le chœur est dirigé par une femme d’expérience, mais belle encore ; car les premières rides ont je ne sais quelle grâce qui fond ensemble la gravité naissante de la vieillesse et le dernier éclat de l’âge en sa fleur. Aphrodite est pudique, nue, dans une attitude décente : c’est une statue d’ivoire, formée de petits blocs rapprochés. Mais la déesse ne veut pas que l’on croie à une peinture ; elle se détache en relief et semble offrir prise à la main. Veux-tu que sur son autel nous fassions une libation en paroles ? Assez d’encens, de romarin, de myrrhe lui est offert d’ailleurs il s’exhale ici, je crois, un peu de cet enthousiasme qui inspirait Sappho. Il nous faut donc louer l’habileté du peintre. D’abord, ornant la déesse des pierres précieuses qui lui sont chères, il n’a pas tant cherché à les imiter par la couleur que par un jeu de lumière : un point brillant, semblable à celui de la prunelle, les rend comme transparentes. C’est aussi un effet du talent, si nous entendons l’hymne. Car elles chantent, ces jeunes filles, elles chantent ; et l’une d’elles perdant la mesure, la maîtresse de chœur la regarde, en battant des mains pour lui faire retrouver le véritable mouvement. Leur costume qui est des plus simples et ne les gênerait pas si elles voulaient jouer ; leur ceinture qui serre étroitement le corps, la tunique qui ne couvre pas les bras, la façon joyeuse dont pieds nus elles foulent l’herbe tendre, tout humide encore d’une rosée rafraîchissante ; leurs vêtements fleuris comme une prairie, remarquables par l’harmonie des couleurs, tout cela a été divinement rendu. Ce sont là des accessoires, mais la peinture qui les dédaigne manque de vérité. Quant à la beauté des jeunes filles, si nous chargions Pâris ou tout autre arbitre de juger entre elles, il serait embarrassé, je crois, pour rendre sa sentence ; tantôt elles rivalisent entre elles, ayant toutes de belles joues, une voix emmiellée, pour me servir d’une aimable expression de Sappho. Près d’elles, Eros penchant son arc en pince la corde, la fait chanter dans tous les modes, et prétend qu’à elle seule elle est aussi complète que la lyre véritable ; il semble mouvoir ses yeux avec rapidité, comme s’il poursuivait, en pensée, quelque rythme. Que chantent donc les jeunes filles ? car la peinture a représenté aussi quelque chose du chant. Elles disent qu’Aphrodite est sortie de la mer fécondée par une pluie céleste ; en quelle île elle est abordée, elles ne le disent pas encore, mais elles nommeront Paphos. Oui, c’est bien la naissance de la déesse qu’elles célèbrent ; leur attitude le montrent assez ; fixer les yeux sur le ciel, c’est indiquer qu’elle en est descendue ; relever doucement les mains, en tenant la paume tournée en haut, c’est montrer qu’elle est sortie des flots : sourire, comme elles le font, c’est rappeler le calme de la mer.

Philostrate l'Ancien (IIIe siècle ap. J.-C. Traduit par Auguste Bougot (1881) révisé et annoté par François Lissarrague (2004, Les Belles Lettres

Par alana - Publié dans : alana
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